Promenade au cœur de la Belle Époque à Pornichet
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Il faut le dire tout de suite : les villas Belle Époque de Pornichet ne se visitent pas. Presque toutes sont des maisons privées, habitées ou louées, et le circuit se fait depuis le trottoir, en levant la tête. C'est une promenade de façades. Une fois qu'on a accepté ça, la balade devient beaucoup plus intéressante, parce qu'on cesse d'attendre une porte qui s'ouvre et qu'on se met à lire les bow-windows, les épis de faîtage et les noms peints sur les portails.
Une station née du train et de la marée
Avant d'être une commune, Pornichet était un village de paludiers rattaché à Escoublac et à Saint-Nazaire. Ce qui a tout changé, c'est le chemin de fer : la ligne qui descend de Saint-Nazaire vers Le Croisic met la côte à quelques heures de Paris à la fin des années 1870, et les bourgeois arrivent avec leurs malles pour la saison des bains. La commune de Pornichet, elle, est créée en 1900. Les villas qu'on regarde aujourd'hui datent en majorité de cette quarantaine d'années, entre l'arrivée du train et 1914.
Cette datation explique la diversité des styles. On passe d'un chalet à pans de bois à une villa de briques polychromes, puis à une façade blanche presque nue, sur trois cents mètres. Il n'y a pas eu de plan d'ensemble ni d'architecte unique : chaque propriétaire commandait sa maison, souvent à un constructeur nantais, avec l'idée d'être vu depuis la plage.
Lire une façade : cinq détails qui datent la maison
La véranda tournée vers le sud-ouest, d'abord. Elle sert à profiter du soleil sans prendre le vent, et sa présence indique une maison pensée pour la villégiature et non pour l'habitat permanent. Ensuite les balcons en fonte moulée, achetés sur catalogue, dont on retrouve exactement le même motif à trois rues de distance. Les frises de céramique sous la corniche, souvent bleues ou vertes. Les épis de faîtage en zinc, qu'on remplaçait quand ils tombaient et qui manquent aujourd'hui sur beaucoup de toitures. Enfin le nom, gravé ou peint : prénom d'épouse, souvenir de voyage, nom de bateau.
Le contraste avec le voisinage saute aux yeux dans les rues perpendiculaires au front de mer. Les immeubles des années 1960 et 1970 y ont remplacé des villas démolies, parfois deux ou trois d'un coup pour dégager la parcelle. Cela explique pourquoi le patrimoine survivant se lit par fragments, une maison ici, deux là, rarement un alignement continu. Sur ce point, la balade est aussi un inventaire de ce qui a disparu.
Ce qu'on venait chercher ici en 1900
On ne venait pas nager. On venait prendre les bains, ce qui est autre chose : une immersion courte, encadrée, prescrite par un médecin, suivie d'une longue station sur la digue en tenue de ville. D'où la forme des maisons, tournées vers la mer mais fermées au vent, avec ces vérandas vitrées qui servaient de pièce de jour quand le temps se gâtait. D'où aussi l'importance du casino et des cabines de plage, qui occupaient les heures entre deux marées.
La saison durait de juin à septembre. Le reste de l'année, les villas restaient closes, gardées par un couple de concierges qui habitait souvent une petite dépendance au fond du jardin. Ces dépendances existent encore, transformées en studios ou en garages, et on les repère à leur toiture plus basse collée contre le mur de clôture.
La visite guidée, pour ce qu'elle apporte vraiment
L'office de tourisme propose un parcours accompagné des villas Belle Époque, avec une dizaine d'arrêts. L'intérêt n'est pas le trajet, qu'on peut faire seul avec un plan, mais ce qui ne se voit pas : qui a construit, qui a vendu, ce qu'il y avait avant, pourquoi telle maison porte ce nom-là. Le guide donne aussi accès à des photos anciennes du même point de vue, et cette comparaison vaut souvent mieux qu'un long commentaire. Les dates et les créneaux passent par le site de l'tourisme de Pornichet.
Le front de mer, à marée basse de préférence
La plage de Pornichet se découvre loin. À marée basse, on peut redescendre sur le sable et regarder la ligne des villas depuis le bas, ce qui était exactement le point de vue recherché par les commanditaires : leur maison devait se voir depuis l'estran, où l'on prenait les bains sous surveillance d'un baigneur professionnel. Vue d'en bas, la hiérarchie sociale de la station devient lisible. Les grandes parcelles avec jardin en avant, les maisons plus étroites serrées derrière, et les rangées de constructions récentes qui bouchent les percées.
Le quartier de Bonne Source, à l'est, garde le plus grand nombre de maisons de cette période sur une surface réduite. Vers l'ouest, en allant vers Sainte-Marguerite, les villas s'espacent sous les pins et le tissu devient plus résidentiel. Deux ambiances différentes, à vingt minutes de marche l'une de l'autre. Si vous ne devez en faire qu'une, prenez Bonne Source : la densité de façades intéressantes par centaine de mètres y est plus forte, et le retour se fait par la plage.
Préparer la balade sans se compliquer la vie
Des chaussures ordinaires suffisent, le parcours est plat et entièrement bitumé. Une bouteille d'eau en été, un coupe-vent le reste de l'année : le front de mer prend l'ouest de plein fouet. Évitez de photographier les intérieurs par les fenêtres, les habitants le supportent mal, et à juste titre. Pour repérer les maisons avant de partir, ou vérifier laquelle vous avez croisée, la ville publie les détails des villas de Pornichet.
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