Rencontre aérienne : le maire de Pornichet reste ferme sur sa position

Sommaire5 sections
  1. 01Qui signe quoi
  2. 02La pétition, et ce qu'elle demandait
  3. 03Une lettre ouverte partie plus haut
  4. 04Ce que ça change si vous habitez le front de mer
  5. 05Jean-Claude Empereur, et l'origine du modèle

Sur le meeting aérien de Pornichet, le maire peut être aussi ferme qu'il le veut : il ne décide pas. En février 2025, la municipalité annonçait la sixième édition de Pornichet Plein Vol pour le samedi 23 août, avec la Patrouille de France en tête d'affiche, tout en précisant qu'elle attendait encore la signature du ministre des Armées, Sébastien Lecornu. C'est là que se situe le vrai point de bascule du dossier, et c'est ce que les deux camps, partisans et opposants, ont tendance à oublier en s'adressant à la mairie.

Qui signe quoi

La Patrouille de France est une unité de l'armée de l'Air et de l'Espace, basée à Salon-de-Provence. Ses déplacements en meeting relèvent d'une programmation nationale arbitrée à Paris, arbitrage qui tient compte du calendrier de l'unité, de ses obligations d'entraînement et des priorités du moment. Une commune candidate dépose sa demande, argumente, et attend.

À cela s'ajoutent les autorisations propres au vol lui-même : la zone d'évolution au-dessus de l'eau, les créneaux de fermeture de l'espace aérien, la coordination avec la préfecture maritime. Une commune de 10 000 habitants n'a la main sur aucun de ces éléments. Elle a la main sur le sol : la sécurité du public, la circulation, les secours, le budget de l'organisation.

D'où une situation un peu inconfortable pour le maire, qui porte politiquement un événement dont l'attraction principale ne dépend pas de lui. Dire « le meeting aura lieu » et « la Patrouille sera là » ne sont pas la même phrase, et en février 2025 seule la première était sûre.

La pétition, et ce qu'elle demandait

L'opposition au meeting n'est pas née avec cette édition. Un collectif d'habitants avait lancé une pétition réclamant l'abandon pur et simple de la manifestation, au nom de la sobriété énergétique et du coût carbone d'une démonstration aérienne. Plus de 400 commentaires y ont été déposés, dont une bonne part critique.

Sur le fond, l'argument climatique est recevable : un meeting consomme du kérosène pour une finalité de spectacle, et personne ne prétend le contraire. Sur la méthode, il achoppe sur le point évoqué plus haut. Une pétition adressée à une mairie ne peut pas annuler la venue d'une unité militaire, et la mairie ne peut pas davantage la faire venir. Le levier n'est pas au bon endroit.

Une lettre ouverte partie plus haut

Le collectif avait d'ailleurs franchi cette étape en adressant une lettre ouverte à Christophe Béchu, alors ministre de la Transition écologique, pour qu'il intervienne sur le maintien de la manifestation. La démarche visait juste, sur le principe. Elle butait sur le fait qu'un ministre de l'Écologie n'a pas autorité sur la programmation d'une patrouille acrobatique de l'armée de l'Air.

Reste que la répétition de ces initiatives, année après année, pèse sur l'ambiance locale. On ne mesure pas encore ce que ça produit dans les urnes, et je me méfie de ceux qui prétendent le savoir.

Il y a aussi un argument rarement avancé du côté des opposants, et qui aurait plus de prise : le meeting concentre sur une seule journée une fréquentation que la commune absorbe déjà mal en août. Stationnement saturé, secours mobilisés, collecte des déchets doublée. Ce sont des coûts municipaux, donc des coûts pour le contribuable pornichétin, et ils se discutent en conseil, là où la pétition aurait un effet.

Ce que ça change si vous habitez le front de mer

C'est la partie concrète, et celle qui intéresse le plus les riverains. Le dispositif annoncé prévoyait la fermeture totale du boulevard de la Mer à la circulation le jour du meeting, de 8 heures jusqu'à 1 heure du matin. Dix-sept heures sans voiture sur l'axe qui longe la plage.

À partir de midi, un filtrage des piétons était prévu, avec contrôle des sacs et interdiction d'une liste d'objets. Pour un habitant du boulevard, cela veut dire sortir sa voiture la veille ou renoncer à s'en servir, prévenir ses livraisons, et prévoir une entrée à pied par l'arrière. Pour un commerçant de la plage, cela veut dire une des plus grosses journées de l'année, mais avec un réassort impossible entre 8 heures et la nuit.

Jean-Claude Empereur, et l'origine du modèle

Le débat de 2025 se comprend mieux en regardant d'où vient l'événementiel pornichétin. L'ancien maire Jean-Claude Empereur, disparu peu avant, a laissé une empreinte durable sur la façon dont la commune s'est pensée : une station qui ne vit pas seulement de sa plage mais de rendez-vous capables de faire venir du monde hors des seuls mois de juillet et d'août. Un article revient sur son parcours et sur la transformation de la ville, ici.

Le meeting aérien appartient pleinement à ce modèle. Il remplit le front de mer un samedi d'août, il fait parler de Pornichet au-delà de la Loire-Atlantique, et il ne coûte rien au visiteur. C'est aussi ce qui rend son abandon politiquement difficile, indépendamment du fond écologique : renoncer au meeting, c'est renoncer à une pièce d'un dispositif construit sur trente ans.

La question posée en 2025 n'était donc pas seulement « faut-il faire voler des avions ». Elle était : par quoi remplace-t-on une journée qui remplit le front de mer d'un bout à l'autre, si on y renonce. Les opposants avaient l'argument. Ils n'avaient pas encore la réponse à cette question-là.

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