Ristourne sur le gazole: Total stimule la concurrence ou déséquilibre le marché?
Sommaire4 sections
Le seuil suffit à désigner la cible. Une remise sur le gazole réservée aux achats de plus de 500 litres s’adresse aux flottes, aux artisans et aux transporteurs : c’est une remise de gros, comme en pratique n’importe quel grossiste, et l’automobiliste du dimanche soir n’en verra jamais la couleur. Le débat qui a suivi sur la distorsion de concurrence a largement raté ce point, alors qu’il explique presque tout.
500 litres, faites le calcul
Un réservoir de berline diesel contient entre 50 et 60 litres. Il faut donc une dizaine de pleins pour atteindre le seuil. Un ménage qui roule 13 000 kilomètres par an, la moyenne française, brûle autour de 800 litres sur l’année entière. Aucun particulier n’achète 500 litres d’un coup, sauf à posséder une cuve, ce qui suppose une exploitation agricole ou une entreprise.
À l’inverse, un artisan couvreur qui fait la tournée des chantiers entre Saint-Nazaire, Guérande et Savenay avec deux fourgons dépasse ce volume en un mois et demi. Un transporteur y arrive en une semaine. La remise leur est destinée, et elle se règle en général par carte professionnelle, avec une facturation mensuelle et une récupération de TVA.
Pourquoi le groupe court après les volumes professionnels
Le réseau de stations d’un pétrolier coûte cher à faire tourner : personnel, cuves aux normes, foncier en bord de route. Depuis vingt ans, les hypermarchés ont pris la majorité des volumes de carburant vendus en France, autour de 60 %, avec des marges minuscules assumées parce que le carburant sert à faire venir le client au magasin. Un pétrolier ne peut pas jouer ce jeu-là sur le particulier, il n’a pas de rayon épicerie derrière.
Sur le client professionnel, la partie est différente. Le client à cuve ou à carte est fidèle, prévisible, contractualisé sur un ou deux ans, et il roule aussi hors des zones commerciales, sur les axes et les autoroutes où les hypermarchés sont absents. Verrouiller ce segment avec une remise au volume est une manœuvre commerciale banale, celle que pratique n’importe quel grossiste.
Distorsion de concurrence : l’argument mérite d’être trié
Les critiques entendues à l’époque mélangeaient deux choses. Une remise quantitative accordée à un client qui achète en gros est parfaitement légale et pratiquée dans tous les secteurs. Ce qui est interdit en France, c’est la revente à perte, encadrée par le code de commerce, et c’est justement pour cette raison que les distributeurs organisent des opérations à prix coûtant plutôt qu’à prix cassé : ils rognent la marge jusqu’à zéro, pas en dessous.
Le vrai risque de déséquilibre se situe ailleurs, et il est réel. Une station indépendante en zone rurale, celle qui dépanne à 21 heures dans un bourg de deux mille habitants, vit d’un mélange de volumes particuliers et de quelques clients professionnels du coin. Si les artisans partent vers les cartes des grands réseaux, elle perd sa base la plus régulière. C’est ainsi que le maillage s’est éclairci depuis les années 1980 : la France comptait environ 40 000 stations-service en 1980, il en reste à peu près 11 000 aujourd’hui.
Ce qu’il reste à faire pour payer moins cher
Pour un particulier, aucune remise volume n’est accessible ; les leviers sont ailleurs. Comparer sur le site officiel prix-carburants.gouv.fr, qui recense les prix déclarés par les stations elles-mêmes et offre un tri par commune. Éviter les aires d’autoroute, où l’écart avec un hypermarché atteint couramment 15 à 25 centimes par litre. Et regarder les opérations à prix coûtant des grandes surfaces, annoncées quelques jours à l’avance, quitte à décaler son plein d’une semaine.
Pour un professionnel, la comparaison ne se joue pas que sur le centime affiché : la souplesse de paiement, le maillage du réseau sur ses tournées et le suivi de consommation par véhicule pèsent souvent plus lourd sur l’année qu’une remise de deux centimes. Sur ce point précis, les commerciaux des pétroliers ont un avantage que les hypermarchés n’ont jamais cherché à leur reprendre.
Résumer cet article avec :
Partager :