Un projet ambitieux pour revitaliser le vieux môle de Pornichet

Sommaire5 sections
  1. 01Pourquoi une souscription plutôt qu'une ligne au budget
  2. 02L'état du môle, sans dramatisation
  3. 03Ce que le conseil municipal a réellement voté
  4. 04Ce qu'un donateur achète, concrètement
  5. 05Un môle, un front de mer, un même sujet

Un mur de pierre centenaire qui prend l'eau ne fait pas la une, et c'est bien le problème. Le vieux môle de Pornichet abrite le port d'échouage depuis un siècle, il se dégrade lentement par infiltrations, et la commune a dû trouver comment payer sa remise en état sans que la ligne disparaisse au premier arbitrage budgétaire. La réponse tient en deux décisions prises en conseil municipal un mercredi de fin septembre : rebâtir la passerelle qui reliait le boulevard du Port au môle, et ouvrir une souscription publique avec la Fondation du Patrimoine pour financer une partie de l'opération. Cet article regarde l'argent et la décision, pas le chantier.

Pourquoi une souscription plutôt qu'une ligne au budget

La commune aurait pu tout inscrire à son budget d'investissement. Passer par une collecte publique a trois effets que le budget seul n'a pas. D'abord, l'argent des donateurs vient s'ajouter aux fonds communaux, ce qui réduit le recours à l'emprunt. Ensuite, la Fondation du Patrimoine abonde souvent les souscriptions qui atteignent un seuil de mobilisation, ce qui transforme les premiers dons en effet de levier. Enfin, une collecte oblige à raconter l'ouvrage, donc à le rendre visible avant les travaux.

Ce dernier point compte plus qu'il n'y paraît dans une commune où la population double en été. Résidents secondaires, anciens Pornichétins partis ailleurs, plaisanciers du port : ce sont des gens attachés au lieu, qui ne votent pas ici, et qu'aucun impôt local ne mobilise. Une souscription est à peu près le seul instrument capable de les faire contribuer.

L'état du môle, sans dramatisation

Les infiltrations dans une maçonnerie de bord de mer suivent toujours le même scénario. L'eau chargée de sel pénètre par les joints dégradés, gonfle en cristallisant, écarte les pierres, et le cycle recommence à chaque marée. Un joint qui lâche à un endroit accélère la dégradation autour de lui. C'est pour cette raison que le rejointoiement extérieur figure parmi les premiers postes de travaux : il ne s'agit pas de cosmétique.

Rien n'indique que l'ouvrage menaçait de s'effondrer. Un môle en pierre se dégrade sur des décennies. La question posée aux élus n'était donc pas « faut-il sauver le môle demain matin », mais « combien coûtera l'inaction dans quinze ans », et la réponse à cette question est presque toujours défavorable à l'attente.

Ce que le conseil municipal a réellement voté

Le vote de fin septembre portait sur le principe de la collecte et sur la convention avec la Fondation du Patrimoine, pas sur un chèque signé aux entreprises. C'est une étape administrative, moins spectaculaire qu'un coup de pelle mécanique, mais c'est elle qui conditionne le reste : sans convention, pas de reçu fiscal, donc pas de réduction d'impôt, donc pas de collecte.

La reconstruction de la passerelle, décidée dans le même mouvement, a été engagée à l'automne suivant le vote, avec des travaux préparatoires puis l'assemblage d'un ouvrage de 106 mètres de long et 3 mètres de large. La ville a détaillé le projet et son intention de relier le passé au présent sur son site officiel, dans une page intitulée Ville de Pornichet, tandis que les modalités de don figurent sur la page dédiée à la souscription pour le vieux môle.

Ce qu'un donateur achète, concrètement

Pas une plaque à son nom, dans la plupart des cas. Un don à une souscription communale finance des joints, des micropieux et de l'acier galvanisé, choses dont personne ne prend de photo. Le retour réel est l'usage : pouvoir remonter sur le môle à pied, à n'importe quelle heure de marée, et regarder l'entrée du port depuis un endroit où l'on ne pouvait plus aller depuis une dizaine d'années.

Pour les entreprises locales, le mécanisme est différent, avec une réduction d'impôt sur les sociétés au titre du mécénat et une contrepartie de communication encadrée. Les chantiers de ce type intéressent surtout les entreprises du bâtiment, du nautisme et du tourisme, celles dont l'activité dépend de l'attractivité du port.

Un môle, un front de mer, un même sujet

La restauration du môle avance en parallèle du réaménagement du front de mer, engagé plus tôt et bien plus lourd financièrement. Les deux chantiers répondent à la même question : que fait une station balnéaire de son bord de mer quand la saison ne dure que deux mois et que les équipements datent, pour certains, de l'entre-deux-guerres. Nous avons consacré un article distinct à la fin des travaux du front de mer de Pornichet, qui relève de la même logique d'ensemble.

Reste une inconnue que personne ne maîtrise : le niveau de la mer et la fréquence des tempêtes. Un ouvrage de protection conçu il y a cent ans a été dimensionné pour des conditions qui ne sont plus tout à fait celles d'aujourd'hui. Le rejointoiement le remet en état, il ne le redimensionne pas.

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