Une hausse alarmante de +60% des méduses sur les plages de l'Ouest
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Plus 60 % de méduses, oui, mais par rapport à quoi ? Il n'existe pas de comptage officiel des méduses sur les plages françaises. Pas de protocole standardisé, pas de série longue, pas d'organisme chargé de tenir le registre année après année sur la façade atlantique. Le chiffre qui a circulé à l'été 2023 vient d'estimations locales et de signalements de baigneurs, ce qui vaut mieux que rien mais ne vaut pas une statistique. Autant le dire avant d'aller plus loin : le phénomène est réel, sa mesure ne l'est pas.
Ce qu'on a réellement observé en juin 2023
La surprise de cette saison-là tenait au calendrier. Les méduses arrivent d'ordinaire sur les plages de l'Ouest en juillet et en août, quand l'eau s'est réchauffée et que les vents d'ouest les poussent vers la côte. En 2023, elles étaient là dès le mois de juin, en nombre, du Croisic à l'île de Ré.
Interrogé par Ouest-France, le biologiste Jean-Michel Maggiorani donnait une explication simple et convaincante : des températures élevées et peu de vent avaient laissé se former une couche d'eau chaude en surface. C'est là que les méduses trouvent leur nourriture, du plancton concentré près de la surface, et c'est là aussi que le courant les déplace le plus facilement. Sans brassage par le vent, la couche reste en place et le transport vers la côte se fait tout seul.
Ce mécanisme explique aussi les à-coups. Une plage couverte de méduses un matin peut être vide le lendemain : ce n'est pas la population qui s'effondre, c'est le vent qui a tourné. À Pornichet ou à Saint-Marc, un vent de terre suffit à renvoyer le banc au large en une marée.
Quatre espèces, quatre comportements
Toutes les méduses ne se valent pas, et savoir laquelle on a devant soi change la conduite à tenir.
La plus commune sur nos plages est l'Aurelia aurita, la méduse lune : translucide, avec quatre anneaux violacés bien visibles au centre, de la taille d'une assiette. Elle pique très peu, souvent pas du tout à travers la peau d'un adulte. C'est elle qui compose la plus grande part des échouages de l'Ouest.
La Rhizostoma pulmo, ou poumon de mer, est la grosse méduse bleutée qu'on trouve échouée en fin d'été, parfois plusieurs kilos. Impressionnante, peu urticante.
La méduse boussole, Chrysaora hysoscella, blanchâtre avec des stries brunes rayonnantes, pique nettement plus. La Pelagia noctiluca, petite, rose ou mauve, ponctuée, est la plus douloureuse des espèces qu'on croise sur la façade atlantique. Reste la physalie, la galère portugaise, qui n'est pas une méduse mais une colonie, reconnaissable à son flotteur bleu translucide gonflé au-dessus de l'eau : elle s'échoue surtout l'hiver après des coups de vent d'ouest, et sa piqûre justifie un avis médical.
Le bon protocole après une piqûre
La séquence tient en cinq étapes, dans cet ordre.
Sortir de l'eau, d'abord, pour ne pas en récolter d'autres. Rincer à l'eau de mer, jamais à l'eau douce : l'écart de salinité fait éclater les cellules urticantes encore accrochées à la peau et libère du venin supplémentaire. Ne pas frotter avec une serviette, pour la même raison.
Retirer ensuite les filaments restants. Le geste classique consiste à saupoudrer la zone de sable sec, laisser sécher une minute, puis racler avec le bord d'une carte rigide, une carte bancaire fait l'affaire. Une pince à épiler convient aussi. Jamais les doigts nus.
Appliquer enfin de la chaleur. L'immersion dans de l'eau chaude, autour de 40 à 45 degrés, pendant vingt à quarante-cinq minutes, dégrade les toxines et soulage réellement la douleur. Si vous n'avez pas d'eau chaude sous la main, une poche de froid enveloppée dans un linge fait office de solution de repli, moins efficace mais toujours mieux que rien. Un antalgique classique complète.
Une remarque sur le vinaigre, qui revient dans toutes les conversations de plage : il est recommandé pour certaines espèces tropicales, pas pour l'ensemble des méduses de l'Atlantique nord. Sur une piqûre courante ici, il n'apporte rien de démontré. Quant à l'urine, elle n'a jamais soulagé personne.
Pourquoi les méduses gagnent du terrain
Sur le long terme, l'augmentation des populations de méduses est observée dans plusieurs mers du globe depuis des décennies, et les causes sont bien identifiées, même si leur poids respectif se discute encore.
Le réchauffement de l'eau allonge la saison de reproduction et étend l'aire de répartition des espèces vers le nord. La surpêche retire de l'eau les poissons qui mangent les méduses juvéniles et ceux qui leur disputent le plancton : la place libérée profite à des animaux beaucoup plus résistants que la moyenne. L'eutrophisation, c'est-à-dire l'arrivée massive de nitrates et de phosphates par le ruissellement agricole, nourrit le plancton dont vivent les méduses.
Un facteur passe souvent inaperçu : les surfaces dures immergées. La méduse a une phase fixée, le polype, qui a besoin d'un support pour se poser. Digues, pontons, coques de bateaux, enrochements, installations portuaires offrent des milliers de mètres carrés de support là où il n'y avait que du sable. Chaque aménagement du littoral crée de l'habitat pour la génération suivante, et personne ne compte cela quand on autorise un ouvrage.
Une saison de baignade qui se décale
Pour les plages de la Côte d'Amour, le sujet se pose surtout en termes de calendrier. Les postes de secours ouvrent en général autour de la mi-juin et ferment début septembre. Si les bancs arrivent dès la première quinzaine de juin, comme en 2023, une partie de la période sensible tombe avant l'ouverture des postes, au moment où les baigneurs sont déjà nombreux le week-end mais où personne n'affiche l'information à l'entrée de la plage.
L'autre effet est financier et rarement chiffré : une semaine de bancs denses en plein mois d'août se traduit par des annulations de cours de natation en mer, des sorties de club nautique reportées et une fréquentation qui bascule vers les piscines. Les commerçants de front de mer le voient passer avant les scientifiques.
Ce que les communes peuvent faire, et ce qu'elles ne peuvent pas
Les filets anti-méduses tendus devant une zone de baignade existent et fonctionnent, mais ils supposent une baie abritée et un entretien constant. Sur une côte exposée aux houles d'ouest comme celle de la presqu'île, leur coût et leur tenue posent problème.
Ce qui reste accessible tient à l'information : signalement quotidien au poste de secours, affichage clair, remontée des observations vers les équipes scientifiques. Ce dernier point est le plus utile à long terme, parce qu'il commence à construire la série de données qui manque aujourd'hui. Tant que personne ne compte, on continuera à publier des pourcentages qui ne reposent sur rien.
Il faut enfin remettre l'animal à sa place. La méduse mange du plancton, sert de nourriture à des tortues et à des poissons, et fait partie de l'écosystème depuis bien plus longtemps que les baigneurs. Un banc de méduses en août pose surtout un problème d'usage des plages, en pleine saison, pour des communes qui vivent de la baignade. Le traiter comme un signal écologique isolé brouille les deux sujets, et n'aide ni la plage ni la mer.
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