Une passion durable : 47 ans de menuiserie au sein de la même entreprise à Pornichet
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Denis Gervot est entré chez Pied et Perraud en 1978, à 14 ans, en pré-apprentissage. Il en est sorti en 2025, à la retraite, après 47 ans dans la même entreprise de menuiserie de Pornichet. Ce qui rend ce parcours intéressant, ce n'est pas sa durée : c'est qu'il traverse la période où le métier a changé de matière, d'outillage et de clientèle. Un menuisier qui a commencé au rabot à main et fini sur des châssis aluminium a vu passer à peu près tout ce que la profession a connu.
1978 : on entrait dans le métier avant la fin du collège
Le pré-apprentissage à 14 ans n'existe plus sous cette forme. À l'époque, un adolescent pouvait quitter la voie générale pour l'atelier, apprendre en regardant faire, tenir un balai six mois avant de toucher une machine, et passer son CAP dans la foulée. La règle est différente aujourd'hui : scolarité obligatoire jusqu'à 16 ans, apprentissage à partir de 15 ans sous conditions, et un parcours plus encadré. Ce n'est pas un regret à formuler, la protection des mineurs au travail s'est construite pour de bonnes raisons. Mais cela change la façon dont un jeune rencontre le métier : par un stage de troisième ou une journée portes ouvertes, plus par l'atelier du village.
Du bois massif au mixte, en quarante ans
Une menuiserie du littoral des années 1980 fabriquait surtout des fenêtres et des portes en bois, à l'atelier, pour des maisons de bord de mer et des villas balnéaires. Le PVC est arrivé massivement dans les années 1990, l'aluminium à suivre, puis le mixte bois-aluminium. La conséquence pour un ouvrier : moins de fabrication, davantage de pose et de réglage, un atelier qui devient un lieu d'assemblage plus que de façonnage.
Sur la Côte d'Amour, la contrainte s'ajoute au reste. Le sel, les embruns et l'humidité attaquent les quincailleries, gonflent les bois mal protégés et rongent les fixations. Une fenêtre posée face à l'ouest à Pornichet ne vieillit pas comme la même fenêtre posée à vingt kilomètres dans les terres. Les artisans du secteur le savent et surdimensionnent les protections, ce qui explique une partie des écarts de devis quand on compare avec un professionnel venu de l'intérieur du département.
La réglementation thermique a changé le produit
L'autre bouleversement est venu des normes. Les réglementations thermiques successives, puis la RE2020, ont imposé des performances qui ont fait disparaître le simple vitrage et poussé le double vitrage à isolation renforcée. Une fenêtre est passée d'un assemblage de bois et de verre à un composant technique, avec un coefficient de transmission thermique à respecter, des joints multiples et une pose calée sur des règles précises. Un menuisier qui n'a pas suivi ces évolutions s'est retrouvé hors marché, notamment sur les chantiers de rénovation aidés, où le respect des critères conditionne les financements.
Le bois revient, autrement
Après trente ans de recul face au PVC, le bois retrouve du terrain, tiré par la question du carbone et par les certifications sur les approvisionnements. Les débats du secteur portent désormais sur l'origine des essences, la part de bois européen, les filières de réemploi et la fin de vie des menuiseries déposées. Le sujet est bien documenté, notamment dans ce dossier consacré à La Menuiserie Écologique.
Sur le terrain, cette bascule reste lente. Le PVC domine toujours en rénovation pour des raisons de prix, et le bois se retrouve surtout sur les bâtiments patrimoniaux et les projets où l'architecte l'impose. Dire que la menuiserie est passée à l'écologie serait aller vite en besogne.
Après l'atelier, la chorale
Denis Gervot annonçait au moment de son départ vouloir reprendre la musique et le chant en chorale. Cela paraît anecdotique. Ça ne l'est pas dans une commune comme Pornichet, où le tissu associatif tient largement grâce à des retraités disponibles en semaine. Les chorales, les clubs nautiques, les associations de quartier fonctionnent avec ce vivier.
Ce que le départ d'un ancien laisse derrière lui
Un CAP se transmet en deux ans. Le reste, la lecture d'un chantier compliqué, le geste qui rattrape un mur qui n'est pas d'aplomb, la façon de parler à un client inquiet, s'apprend en accompagnant quelqu'un pendant des années. Quand un compagnon de 47 ans de maison s'en va, l'entreprise perd cette part-là, et elle ne la retrouve qu'en ayant pris soin, avant, de former ceux qui restent.
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