L'ultime épisode des vastes constructions et des initiatives audacieuses à Pornichet

Sommaire5 sections
  1. 01Découper un boulevard de bord de mer en quatre morceaux
  2. 02Ce qui a changé, concrètement, pour qui marche
  3. 03La végétalisation, et le procès qu'on lui fait
  4. 04Le vélo, maillon par maillon
  5. 05Ce qu'il faudrait mesurer maintenant

Le mot « ultime » est trompeur, autant le dire tout de suite. Il désigne seulement la quatrième phase du réaménagement du front de mer, engagée le lundi 2 septembre, à la rentrée 2024. La ville continue de creuser, de replanter et de dévier la circulation ailleurs, avenue du Baulois notamment. Ce qui se termine, en revanche, mérite qu'on s'y arrête : trois ans de travaux étalés en tronçons, une promenade refaite section par section, et une méthode de chantier qui a fait grincer autant qu'elle a tenu. C'est cette méthode qu'on regarde ici, plutôt que la liste des inaugurations.

Découper un boulevard de bord de mer en quatre morceaux

La contrainte de départ n'est pas technique, elle est saisonnière. Pornichet vit d'une population qui triple l'été, avec des commerces qui font une grosse part de leur chiffre entre juin et septembre. Fermer un front de mer entier pendant deux ans, comme on le ferait sur une voirie ordinaire, aurait mis dehors la moitié des terrasses. D'où le découpage en quatre phases successives, chacune calée sur une portion de linéaire et sur un calendrier hors saison autant que possible.

Le prix à payer, c'est la durée. Trois ans de plots, de palissades et de cheminements provisoires, avec des riverains qui ont vu la pelleteuse revenir chaque automne. Un habitant du boulevard des Océanides ou de l'esplanade a vécu quatre chantiers là où il en aurait vécu un seul, plus court et plus brutal. Les deux options se défendent, mais il faut être honnête sur ce que le phasage coûte en fatigue.

Ce qui a changé, concrètement, pour qui marche

Le principe retenu est le même partout : élargir le trottoir côté plage, ramener la chaussée à une largeur qui interdit de rouler vite, reprendre les traversées, installer un cheminement continu du côté du sable. Sur le papier c'est une opération de voirie ; dans la vie quotidienne, ça change surtout deux choses. La première, c'est la poussette et le fauteuil roulant : les ressauts et les stationnements sauvages qui coupaient le trottoir tous les cinquante mètres ont sauté. La seconde, c'est la vitesse ressentie. Une chaussée resserrée avec du mobilier de part et d'autre fait ralentir les voitures mieux que n'importe quel panneau.

La végétalisation, et le procès qu'on lui fait

Chaque phase a amené ses fosses de plantation, ses massifs et ses arbres. Le reproche entendu en réunion publique revient toujours au même point : on a supprimé des places de stationnement pour mettre de la verdure, et l'été le problème se voit. Le reproche est fondé sur les chiffres, il l'est moins sur la logique. Un front de mer où l'on gare 200 voitures de plus reste un front de mer où l'on gare 200 voitures de plus, et la saturation revient le premier week-end d'août.

Il y a un point sur lequel la critique porte davantage : la reprise des plantations. Le bord de mer, c'est du sel, du vent et un sol sableux. Les essences qui tiennent dans une rue de centre-bourg y crèvent en deux étés. Le vrai test du réaménagement se jugera vers 2027, quand on comptera les sujets remplacés. Une plantation de front de mer réussie ne se juge pas le jour de la livraison.

Le vélo, maillon par maillon

Le réaménagement du front de mer n'a de sens que raccordé au reste. Une promenade littorale confortable qui débouche sur un carrefour où le cycliste se retrouve dans le flot des voitures ne sert pas à grand-chose. C'est là que les autres chantiers de la commune entrent en jeu : la piste bidirectionnelle prévue avenue du Baulois, entre le rond-point de la Pêcherie et celui de l'Hippodrome, en fait partie, tout comme les liaisons vers La Baule d'un côté et Saint-Nazaire de l'autre.

Tant que ces morceaux ne sont pas cousus ensemble, on a des tronçons agréables et des ruptures dangereuses. Le pari municipal, c'est que la couture finira par se faire. Il repose sur des budgets votés année après année, ce qui veut dire aussi qu'il dépend de la prochaine mandature.

Ce qu'il faudrait mesurer maintenant

Un chantier de cette taille se juge sur trois choses, et aucune ne se voit le jour du ruban coupé. La fréquentation piétonne hors saison, d'abord : est-ce que les habitants de Pornichet se réapproprient leur bord de mer en novembre, ou est-ce que la promenade reste un équipement d'été ? La vitesse réelle des voitures ensuite, mesurée et publiée, pas estimée. Et la santé des plantations au bout de trois hivers.

La ville a les moyens de produire ces trois indicateurs. Elle ne les publie pas systématiquement, et c'est dommage, parce que c'est la seule façon de sortir du débat de comptoir entre ceux qui trouvent que « c'est joli » et ceux qui trouvent qu'« on ne peut plus se garer ». Sur un investissement de cette ampleur, étalé sur trois ans et quatre phases, l'évaluation devrait faire partie du projet dès le départ.

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