Marguerite GELLARD célèbre un siècle de vie en beauté
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Il faut le dire d'emblée : sur Marguerite Gellard, on sait peu de choses. Un nom, un âge, une date de célébration en janvier 2025. Le reste appartient à sa famille, et personne n'a d'obligation de le raconter à la presse locale. Ce que l'on peut faire, en revanche, c'est décrire ce qui se passe réellement quand une commune fête un centenaire, parce que ce rituel a une forme précise, une histoire, et qu'il en dit long sur le rapport qu'une ville entretient avec ses aînés.
Le protocole du centenaire, tel qu'il se pratique
La scène est presque toujours la même. Le service des affaires sociales ou le centre communal d'action sociale repère la date d'anniversaire dans son fichier, prend contact avec la famille ou avec la direction de l'établissement, et cale une visite. Le maire arrive avec un bouquet, parfois une médaille de la ville, souvent un cadre avec une photographie ancienne de la commune. Un adjoint prend une photo, qui paraîtra dans le bulletin municipal du trimestre. La visite dure une demi-heure, rarement plus.
Ce n'est pas une obligation légale. Aucun texte n'impose à un maire de fêter les centenaires de sa commune. C'est un usage, installé dans la seconde moitié du XXe siècle, quand les centenaires étaient assez rares pour qu'on les compte sur les doigts d'une main dans un département entier.
Ce que cent ans veut dire pour la génération de Marguerite Gellard
Une femme qui atteint cent ans en janvier 2025 est née autour de 1925. Sans rien savoir de son parcours personnel, on connaît le décor : une enfance sous la Troisième République, l'école obligatoire jusqu'à treize ans, l'électrification progressive des campagnes. L'adolescence pendant l'Occupation. Vingt ans en 1945, dans un pays à reconstruire, l'année même où les Françaises votent pour la première fois. Puis les Trente Glorieuses, la machine à laver, la télévision, la voiture.
Pour une famille du littoral atlantique, cette chronologie a une couleur particulière. Saint-Nazaire a été détruite à plus de 80 % et sa poche est restée occupée jusqu'au 11 mai 1945, une semaine après la capitulation allemande. La reconstruction a occupé les années 1950 tout entières. Les enfants de cette génération ont grandi dans des baraquements provisoires et ont vu la ville se relever en béton. On ignore si Marguerite Gellard a vécu ces épisodes, mais des centaines de personnes de son âge sur cette côte les ont vécus, et ce sont ces mémoires-là qui disparaissent quand plus personne n'enregistre.
Vivre cent ans, et ensuite
La longévité brute intéresse moins les gérontologues que la question de savoir dans quel état on les vit. Les enquêtes françaises distinguent l'espérance de vie et l'espérance de vie sans incapacité, et l'écart entre les deux se compte en années. Une part importante des centenaires vit en établissement, une autre à domicile avec une aide quotidienne. Rares sont ceux qui restent totalement autonomes.
Ce qui revient dans les entretiens avec les personnes très âgées, c'est moins la santé que l'isolement. Les amis d'enfance sont morts, les frères et sœurs aussi, parfois les enfants. Une conversation quotidienne devient un luxe. Sur ce point, la visite du maire une fois l'an ne compense rien : ce sont les voisins, les portages de repas et les bénévoles des associations de visiteurs qui font la différence, le reste de l'année.
Le fichier, la liste, l'oubli
Une commune connaît ses centenaires par son fichier de recensement et par le registre des personnes vulnérables, celui que la canicule de 2003 a rendu obligatoire. L'inscription y est volontaire, ce qui laisse un angle mort : les personnes très âgées qui refusent de s'y inscrire, ou dont personne n'a fait la démarche, restent invisibles pour les services sociaux jusqu'au jour où un problème survient. Les agents des CCAS le disent sans détour, ce sont ces dossiers manquants qui les inquiètent, pas ceux qu'ils suivent déjà.
La visite d'anniversaire a donc une utilité pratique en plus de son côté protocolaire : elle met un agent municipal dans le logement, une fois par an au moins, avec un regard sur l'état des lieux et sur l'entourage. Plusieurs communes ont d'ailleurs élargi le geste aux 90 ans et aux 95 ans, précisément pour cette raison.
Pourquoi on continue d'écrire ces articles
La rubrique « centenaire » du journal local agace parfois. Elle ressemble à un passage obligé, sans information, avec sa photo cadrée sur un bouquet. Elle sert pourtant à quelque chose : elle rend visible une population qu'on ne voit plus, celle des très grands âges, et elle rappelle qu'il y a dans chaque quartier des gens de cent ans qui n'apparaissent nulle part ailleurs.
Le mieux qu'on puisse souhaiter à Marguerite Gellard, c'est que quelqu'un dans son entourage ait pensé à allumer un magnétophone. Les cent bougies feront une belle photo. L'enregistrement, lui, servira encore dans trente ans.
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