Pornichet : Comment ses aquarelles envoûtantes stimulent l'imagination ?

Sommaire3 sections
  1. 01Un sujet qui bouge pendant qu'on le peint
  2. 02La technique du mouillé sur mouillé, et sa contrainte locale
  3. 03Ce que le spectateur voit, et ce qu'il croit voir

« Stimuler l'imagination », c'est le genre de formule qu'on met sur un carton d'exposition et qui ne dit rien de ce qui se passe réellement devant le papier. Ce qui se passe devant le papier, à Pornichet, c'est un problème technique assez précis : peindre à l'aquarelle une baie où l'eau se retire à un kilomètre, où la lumière change toutes les quinze minutes et où l'air est trop humide pour que le pigment sèche quand on voudrait. Le portrait d'aquarelliste publié par Ouest-France sur la commune donne l'occasion de regarder ce métier par ce bout-là plutôt que par le lyrisme d'usage.

Un sujet qui bouge pendant qu'on le peint

Dans la baie, entre le port de Pornichet et la plage de Sainte-Marguerite, le coefficient de marée décide de ce qu'on a devant soi. À basse mer de vive-eau, l'estran découvre plusieurs centaines de mètres de sable strié, avec des flaques qui renvoient le ciel. Trois heures plus tard, tout est sous l'eau. Un peintre qui installe son siège à 9 h du matin ne peint pas le même endroit à midi, et il le sait en s'installant.

Cela oblige à choisir. Soit on fixe la composition très vite, en vingt minutes, quitte à finir de mémoire. Soit on accepte que la peinture raconte un moment moyen qui n'a jamais existé. Les deux méthodes se pratiquent, et les aquarellistes de la côte ne s'entendent pas du tout sur laquelle est honnête.

La technique du mouillé sur mouillé, et sa contrainte locale

Le mouillé sur mouillé consiste à poser le pigment sur un papier déjà humidifié : les couleurs se diffusent d'elles-mêmes, les contours se dissolvent, et c'est ce qui donne ces ciels sans bord franc qu'on voit sur les vues de la baie. La difficulté, ici, tient à l'air marin. Avec 80 % d'humidité relative un matin de juin, un lavis qui sèche en dix minutes dans un atelier chauffé en met trente dehors. Le pigment continue de migrer bien après qu'on ait posé le pinceau, et le résultat n'est plus le même.

Ce que le spectateur voit, et ce qu'il croit voir

Devant une aquarelle de la baie, les gens disent souvent qu'ils reconnaissent l'endroit. Ils reconnaissent surtout une lumière : le gris-jaune de l'ouest atlantique, plus doux que la lumière méditerranéenne, avec très peu de contraste. Un peintre qui force les bleus obtient une image qui pourrait être n'importe où entre Cannes et Saint-Tropez. C'est à la pâleur qu'on identifie la côte d'Amour, et c'est difficile à tenir : peindre pâle sans peindre fade.

Le reste est affaire de sujets. Les voiles légères qui sortent du port en fin d'après-midi, les cabines de plage, la ligne de villas du remblai, les mâts serrés du bassin à flot. Ce sont des motifs répétés depuis un siècle sur cette côte, et il n'y a rien de honteux à les reprendre.

Une aquarelle qui fonctionne laisse du blanc de papier, beaucoup, et une part de la scène non décrite. Le spectateur remplit le vide avec ce qu'il connaît de l'endroit. Voilà l'unique mécanique derrière « l'imaginaire » du titre : de la surface laissée libre, pas un pouvoir magique du pinceau.

Source: www.ouest-france.fr

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Côte d'amour