Pornichet : Une ingénieure se mobilise pour promouvoir les sciences auprès des femmes
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Le meilleur argument d'Alice Bigot pour parler des sciences à des collégiennes n'est pas son diplôme, c'est un bout de carbone. Ingénieure en matériaux composites et skippeuse au club nautique APCC, sur le port de Pornichet, elle travaille sur des pièces qu'on peut tenir dans la main et sur des bateaux qu'on peut monter. C'est ce décalage qui rend son intervention efficace là où beaucoup d'opérations de sensibilisation tournent à la conférence sur les parcours.
Le composite, un métier qu'on peut montrer
Les matériaux composites, dans le nautisme, ce sont les coques, les mâts, les safrans, les appendices. Le métier consiste à choisir les fibres et les résines, à calculer les épaisseurs, à comprendre pourquoi une pièce casse là où elle a cassé. Sur un bateau de course, chaque gramme économisé se paie en risque de rupture, et l'arbitrage est le cœur du travail.
C'est un métier qui se raconte bien devant une classe, parce qu'il produit des objets. Une élève de troisième qui n'a jamais entendu le mot « ingénieure » comprend en trente secondes le problème posé par un mât qui doit être à la fois léger et incassable. C'est un point d'entrée que la physique du programme scolaire ne donne pas.
Le port de Pornichet comme salle de classe
Le club nautique APCC est installé sur le port, à quelques centaines de mètres des pontons : on sort, on marche, on monte à bord. La voile ajoute ce que l'atelier seul n'a pas, la répartition des rôles à bord. Sur un bateau, personne ne discute de savoir si une fille peut tenir la barre : soit le bateau avance, soit il n'avance pas.
Alice Bigot n'intervient pas seule. D'autres ingénieures de la région participent aux mêmes actions, ce qui évite l'effet « exception » : une femme seule devant une classe est vue comme un cas particulier, trois ou quatre changent la perception du métier.
« Elles bougent » : ce que l'opération peut faire, et ce qu'elle ne peut pas
L'opération Elles bougent pour l'orientation repose sur une idée simple : mettre des femmes qui exercent des métiers techniques en face de collégiennes et de lycéennes, et laisser les questions venir. Les marraines racontent leur travail et répondent sur les horaires, le salaire, la place des femmes dans les équipes. Les questions posées sont beaucoup plus concrètes que ce que les adultes imaginent.
Sur ce point, un avis : une intervention ponctuelle ne suffit pas. Elle ouvre une porte, elle ne construit pas un choix d'orientation. Ce qui fait basculer une élève vers une spécialité scientifique en première, c'est la répétition de ces contacts sur deux ou trois ans, plus un professeur qui reprend le sujet en classe. Une matinée isolée en quatrième produit surtout un bon souvenir.
Après le diplôme : négocier, se faire connaître, rester
Le second volet de ces réseaux concerne les femmes déjà en poste. Des formations à la négociation salariale et à la conduite de carrière sont proposées, notamment via des réseaux comme l'UPSTI, et un maillage d'entraide s'est constitué dans la région nantaise. L'objectif est moins d'attirer que de retenir : dans les métiers techniques, une partie des départs se produit après quelques années d'exercice, sujet dont on parle beaucoup moins que celui de l'orientation.
Des organismes de recherche comme l'INRAE ouvrent aussi leurs laboratoires aux scolaires. La visite d'un lieu de travail réel fait le même effet que le bout de carbone d'Alice Bigot : elle transforme une idée abstraite en un endroit où l'on peut s'imaginer.
Ce qui rend la démarche crédible à Pornichet tient au fait qu'elle n'est pas hors sol. Le nautisme est une industrie locale, avec des emplois de technicien et d'ingénieur à Saint-Nazaire et sur la côte. Les élèves qui écoutent Alice Bigot parler de composite parlent d'un métier qui s'exerce à vingt minutes de chez elles.
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