Retour des Mini à Pornichet : le voilier Select 6.50 prend le large ce lundi 5 mai

Sommaire5 sections
  1. 01Une course qui sert d'examen de passage
  2. 02Deux courses dans la même course
  3. 03Ce que la mer a fait payer
  4. 04Suivre la course sans y être
  5. 05Une épreuve locale qui compte au national

Première mise au point, parce qu'elle change tout à la lecture de cette 24e Pornichet Select 6.50 : les Mini n'ont pas pris le large le lundi 5 mai 2025. Ils sont partis le samedi 3 mai à 13 heures. Le lundi 5, c'est le jour où la flotte est rentrée, avec les premiers classés qui franchissent la ligne dans la nuit et au petit matin. Cela dit, la question intéressante n'est pas la date. Elle est ailleurs : pourquoi 90 skippers acceptent-ils de payer, de préparer un bateau pendant des mois et de partir seuls pour 300 milles au large en début de saison, sur une course qui ne rapporte ni prime ni contrat.

Une course qui sert d'examen de passage

La classe Mini fonctionne sur un principe simple : pour prétendre à la Mini Transat, il faut avoir accumulé des milles en course et en solitaire, sur des bateaux de 6,50 mètres. La Select tombe tôt dans le calendrier, elle est courte, et elle se court dans un golfe de Gascogne qui ne fait pas de cadeaux en mai. C'est exactement ce qu'il faut pour compter des milles utiles sans immobiliser trois semaines.

Pour un skipper qui découvre le circuit, ces deux jours de mer valent une année d'entraînement en baie. On y apprend des choses très concrètes : combien de temps on tient sans dormir avant de commettre une bêtise, si le pilote automatique tient la barre au portant dans la brise, si l'installation électrique suit quand le froid arrive. Beaucoup de projets s'arrêtent après une Select, et c'est probablement le meilleur service que la course puisse rendre à ceux qui n'ont pas mesuré ce qu'ils s'apprêtaient à faire.

Les 11 femmes engagées sur les 90 inscrits donnent une proportion d'environ 12 %. C'est peu dans l'absolu, c'est nettement plus que dans la plupart des autres classes de course au large en solitaire. La classe Mini reste la porte d'entrée la moins fermée du milieu, notamment parce qu'un budget de Mini de série se compte en dizaines de milliers d'euros, pas en millions.

Deux courses dans la même course

Le classement général mélange des bateaux qui n'ont rien de comparable. D'un côté les protos, dessinés sans contrainte de série, certains à foils, pilotés par des skippers expérimentés. De l'autre les séries, produits en petite série sur des plans figés, plus lourds, plus lents, largement majoritaires en nombre.

Benoît Marie a mené la flotte de bout en bout sur son proto, ce qui n'a surpris personne. Le fait marquant de cette édition est ailleurs, du côté de Paul Cousin, arrivé le lundi 5 mai à 6h35 et premier Mini de série à couper la ligne, 5e au classement général toutes catégories confondues. Sa moyenne, 7,21 nœuds, dit à quel point l'écart s'est resserré : un bateau de série qui tient plus de 7 nœuds sur 300 milles se paie le luxe de battre des protos.

Cette hiérarchie brouillée est la vraie signature de la classe. Ailleurs, un bateau d'ancienne génération n'a aucune chance. Ici, un skipper bien préparé sur un bateau standard finit régulièrement dans les dix premiers. Le matériel compte, mais moins que le nombre d'heures passées à bord pendant l'hiver.

Ce que la mer a fait payer

Une régate de fin de printemps sur cette côte, cela veut dire des entrées d'ouest, du courant, et une navigation d'atterrissage délicate au retour, quand le skipper enchaîne sa deuxième nuit blanche. La fin de course a d'ailleurs donné lieu à l'échouage de deux voiliers à quelques encablures de l'arrivée, un scénario connu et qui n'a rien d'anecdotique.

Les échouages en fin de régate ne s'expliquent presque jamais par une erreur de navigation grossière. Ils s'expliquent par la fatigue accumulée, par un skipper qui coupe au plus court parce qu'il voit les feux du port, et par une baie où les bancs de sable se déplacent. Trente-six à quarante-cinq heures sans sommeil réel dégradent le jugement avant de dégrader les gestes. On continue à manoeuvrer correctement tout en prenant des décisions qu'on n'aurait jamais prises reposé.

Suivre la course sans y être

Une Select se regarde mal depuis la plage. Le gros du parcours se déroule à cinquante milles au large, hors de vue, et le seul spectacle accessible depuis Pornichet reste le départ et les arrivées, dont une partie tombe en pleine nuit. Le suivi se fait donc devant un écran, en observant les positions se réorganiser à chaque pointage.

Pour ceux qui veulent reconstituer le déroulé de l'épreuve, le classement et les positions ont été relayés en direct ici. Le plus instructif n'est pas la tête de flotte, qui se détache vite, mais le peloton : c'est là qu'on voit les options se payer, et qu'un bateau parti au large revient parfois de dix places.

Une épreuve locale qui compte au national

Pour Pornichet, la Select représente deux choses. Un moment de fréquentation dans une période creuse, avec 90 bateaux et leurs équipes techniques présents plusieurs jours sur le port. Et une position dans le calendrier de la course au large française, qui vaut plus qu'une opération de communication : les Mini reviennent parce que l'organisation tient, pas par attachement sentimental.

La ville complète cette carte nautique avec d'autres rendez-vous, à commencer par les Internationaux de France de match racing programmés en juillet, dans un registre radicalement différent. D'un côté des solitaires invisibles pendant deux jours, de l'autre des duels tactiques à quelques centaines de mètres du rivage. Les deux publics ne se recoupent qu'en partie, et c'est plutôt une bonne nouvelle pour le port.

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